Description
Qu’est-ce que la “maladaptation” ? La maladaptation au changement climatique désigne une action présentée comme une adaptation, mais qui finit par augmenter la vulnérabilité au lieu de la réduire, soit directement, soit en déplaçant le risque vers d’autres lieux, groupes ou périodes futures. En pratique, c’est le contraire d’une bonne adaptation : une mesure peut sembler utile à court terme, mais devenir coûteuse ou contre-productive à moyen et long terme.
Généralement, trois cas fréquents existent en terme de “maladaptation” : une utilisation inefficace des ressources, par exemple investir dans une solution qui coûte plus cher et protège moins bien qu’une autre ; un transfert de vulnérabilité, quand on protège un secteur mais qu’on fragilise un autre, ou qu’on déplace le problème ailleurs ; une erreur de calibrage, quand la réponse est trop faible, trop rigide, ou mal adaptée aux évolutions futures.
L’idée centrale est qu’une vraie adaptation doit réduire la vulnérabilité nette, pas seulement répondre à un danger immédiat. Les statistiques sont claires : l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement, et 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée en Europe. Les impacts sont déjà très visibles : inondations généralisées, tempêtes, stress thermique, mortalité liée aux vagues de chaleur, et extension de certains risques sanitaires. Dans ce contexte, le risque de maladaptation est élevé si les politiques privilégient des réponses rapides mais rigides, comme des infrastructures trop spécialisées ou des aménagements qui aggravent l’exposition future. Le rapport 2024 European State of the Climate co-écrit par l’AEE et l’Organisation Météorologique mondiale sont clairs : l’adaptation progresse, mais de façon inégale : 51% des villes européennes disposent désormais d’un plan d’adaptation au climat, ce qui montre une dynamique réelle, mais aussi une marge importante de progrès. Le vrai enjeu n’est donc pas seulement d’augmenter le nombre de plans, mais d’éviter qu’ils soient mal conçus…
Une bonne adaptation est souvent décrite comme une adaptation réalisée “sans regret” : elle réduit la vulnérabilité aujourd’hui, tout en restant utile quels que soient les scénarios futurs. Cela implique de privilégier des solutions flexibles, réversibles, cohérentes avec les écosystèmes, et qui ne bloquent pas les choix futurs. Mais une mauvaise adaptation, dite “ratée”, à un coût souvent double : on paie d’abord pour une mesure inefficace, puis on paie encore pour corriger ses effets négatifs plus tard
Au niveau européen, les coûts globaux de l’inaction ou d’une mauvaise préparation deviennent très élevés, ce qui rend les décisions d’adaptation particulièrement importantes :D’après le rapport “L‘état de l’investissement privé dans l’adaptation au changement climatique” de la Banque mondiale, pour assurer des infrastructures résilientes, certains ordres de grandeur d’investissement cités dans la littérature vont de 140 à 300 milliards de dollars d’ici 2030, puis 280 à 500 milliards d’ici 2050.
Cela montre effectivement que l’adaptation correcte a un coût, mais quel est le coût réel de la mauvaise adaptation, à la fois sur le plan financier, mais également pour les populations locales et pour la viabilité long-terme d’un territoire ? Comment la future stratégie européenne d’adaptation au changement climatique pourrait-elle intégrer durablement la question de la maladaptation pour les Etats membres ?