Quels enjeux d’adaptation pour les outre-mers européens ?
Les Régions Ultrapériphériques (RUP) sont des régions de l’UE soumises à l’article 349 du TFUE, qui permet d’adapter le droit et les politiques européennes à leurs contraintes permanentes comme l’éloignement, l’insularité, la petite taille et la vulnérabilité climatique. La France en compte plusieurs, notamment la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, La Réunion, Mayotte et Saint-Martin. Les Pays et Territoires d’Outre-Mer (PTOM) ne font pas partie de l’UE, mais ils sont associés à elle via une décision d’association outre-mer 2021-2027, dotée de 500 millions d’euros, avec des priorités comme la transition écologique, le numérique, l’emploi et la croissance durable.
Le Groenland, quant à lui, est un territoire autonome rattaché au Danemark et inscrit dans la liste des PTOM associés à l’UE; il bénéficie d’environ 225 millions d’euros sur 2021-2027, et l’UE a signé avec lui un partenariat stratégique sur les matières premières critiques.
Les territoires ultramarins sont parmi les plus exposés au changement climatique: élévation du niveau de la mer, érosion côtière, cyclones, stress hydrique, pression sur les écosystèmes, risques sur la pêche et sur l’agriculture. La Commission européenne souligne explicitement leur vulnérabilité climatique et leur forte dépendance à quelques secteurs économiques. Les RUP ont une importance particulière pour la diplomatie climatique de l’UE, parce qu’elles sont des laboratoires de solutions d’adaptation et de résilience. Un rapport récent sur les Outermost Regions (Policy brief on climate resilience in EU outermost regions de Regilience) met l’accent sur des approches intégrées énergie-eau-agriculture et sur des solutions reproductibles pour l’ensemble de l’UE.
Ces territoires font partie intégrante de la résilience européenne. Iils permettent à l’UE d’anticiper des chocs multiples: climatiques, sanitaires, logistiques, énergétiques et migratoires. Leur rôle n’est pas seulement local; ils servent aussi de base pour tester des politiques d’adaptation, de continuité territoriale, de cybersécurité et de sécurité civile. C’est un point central pour la souveraineté de l’UE: contrôler des espaces maritimes, sécuriser des routes, protéger des ressources, limiter les dépendances critiques et maintenir une présence dans l’Arctique, l’Atlantique, l’océan Indien et le Pacifique. Le Groenland ajoute à cela un enjeu de souveraineté industrielle via les minerais critiques et un enjeu stratégique arctique.
Ces territoires représentent donc également des points d’appui géoéconomiques dans plusieurs bassins stratégiques: Atlantique, Caraïbes, océan Indien, Pacifique et Arctique. La Commission européenne rappelle que ces régions peuvent aussi bénéficier de politiques spécifiques et de financements dédiés pour compenser leurs surcoûts structurels. Le Groenland est particulièrement lié à la question des matières premières critiques: l’UE y voit un levier de diversification de ses approvisionnements et de réduction des dépendances, dans un contexte d’autonomie stratégique de plus en plus important.
Le renouvellement du cadre européen intégré pour la résilience du continent est une opportunité pour l’UE et ses institutions de se doter d’un véritable axe stratégique de longue durée pour adapter durablement ses territoires ultramarins, dans un contexte où l’autonomie stratégique et la suffisance écologique, alimentaire et énergétique des 27 est plus que nécessaire.
Comment faire des territoires ultramarins de l’UE (RUP, PTOM, Groenland, départements et collectivités d’outre‑mer) des laboratoires avancés d’adaptation climatique, en articulant connaissances scientifiques, gouvernance locale, financements européens et solidarité internationale, souveraineté et sécurité, dans le cadre de la stratégie européenne d’adaptation, de la future stratégie européenne d’adaptation et des politiques de financement climat de l’UE à venir avec le nouveau CFP 2028 ?