Retour sur notre Débat #1 Le Covid a-t-il accéléré ou grippé les stratégies climat ?

À l'occasion de la publication de son Bilan mondial de l’action climat par secteur, le 1er décembre, Climate Chance a lancé les #DébatsClimateChance, une série de débats visant à mettre en lumière les grands enseignements de son Bilan sectoriel. La session introductive a réuni des intervenants de haut-vol, à découvrir ci-dessous.

Pour sa session plénière introductive du 1er décembre (à visionner ici), Climate Chance a réuni un panel d’intervenants experts de l’action climat. La session a été introduite par Ronan Dantec, président de l’Association Climate Chance, porte-parole climat de CGLU et du CCRE et sénateur de Loire-Atlantique. L’ouverture du débat a été réalisée par Laurence Tubiana, directrice de la Fondation Européenne pour le Climat, et la conclusion par Teresa Ribera, ministre de la Transition Écologique d’Espagne. 

Plus de 150 personnes ont assisté aux échanges de nos intervenants : Johan Ransquin de l’Agence de la Transition écologique (ADEME) ; Gilles Vermot Desroches, SCHNEIDER ELECTRIC ; Henri Waisman de l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI) ; Steven Heddle (COSLA) et Anne Barre (WECF). Ils ont débattu lors d’une table ronde, animée par Juliette Nouelle, journaliste et animatrice, formatrice de la Fresque du Climat, autour de la question suivante : 

Le Covid a-t-il accéléré ou grippé les stratégies climat ?

Un point sur les tendances globales du climat en 2020

Cette session d’ouverture s’est concentrée sur l’analyse des tendances globales.

Cinq points clés ont pu être présentés, tirés de notre Bilan mondial 2020 de l’action climat par secteur.

DÉCOUVREZ ICI CE BILAN.
  1. La pandémie de Covid-19 marque très fortement l’action climat, accélérant certaines tendances positives, et fragilisant certaines tendances encourageantes des dernières années. 
  2. Le secteur de l’énergie se restructure, et certaines majors européennes accélèrent leurs investissements dans les énergies renouvelables.
  3. Les mobilités douces explosent, principalement portées par les collectivités locales.
  4. Les citoyens se mobilisent, et n’hésitent plus à attaquer les États ou les entreprises en justice pour les forcer à agir contre le changement climatique.
  5. Le recul de certains indicateurs socio-économiques clés (pauvreté, reforestation…) menace l’action climat.

Les interventions de nos experts climat

Lors de son intervention d’ouverture, Laurence Tubiana, directrice de la Fondation Européenne pour le Climat, souligne que malgré une action climat fragile et trop timide ces dernières années, 2020 a vu de nombreux acteurs étatiques et non-étatiques s’engager sous la bannière de la neutralité carbone. L’économie réelle doit maintenant accompagner ce mouvement et faire pression sur les États pour qu’ils prennent des engagements encore plus forts.

Johan Ransquin (Ademe) a souligné la fragilité des acteurs économiques du fait de la crise économique et sanitaire. Cela pourrait freiner les investissements « verts », même si la volonté est là sur le terrain, et que la relance peut constituer une opportunité pour changer les pratiques

Selon Gilles Vermot-Desroches (Schneider Electric), la crise marque un tournant majeur dans l’utilisation du numérique par les entreprises, permet une réflexion sur la relocalisation des activités et conduit à un essor dans la prise d’engagements climatiques par les grands groupes mondiaux. Dans les prochaines années, les entreprises ont deux grands défis : embarquer leurs fournisseurs dans leurs objectifs de neutralité carbone et arriver à valoriser leurs engagements climatiques et environnementaux dans leurs produits

Pour Steven Heddle (COSLA), la pandémie montre le rôle essentiel des collectivités locales dans la lutte contre les changements climatiques et dans la résilience des territoires face aux chocs. Une plus grande coopération entre les différents niveaux de décisions sera essentielle pour organiser l’action climat des prochaines années.

Anne Barre (WECF) note que la pandémie a accentué les inégalités entre les sexes, mais a également conduit à de nombreuses initiatives de solidarités de la part d’organisations de femmes. Elle regrette que les plans de soutien des gouvernements pendant la crise due au Covid-19 ne concernent que l’économie formelle. Or, l’économie informelle, dans laquelle sont majoritairement investies les femmes et qui représente un pan énorme de l’activité dans les pays en développement, est essentielle dans la lutte contre les changements climatiques et devrait donc être davantage intégrée dans les politiques étatiques climatiques.

Henri Waisman (IDDRI) retient 4 idées après la lecture du Bilan de Climate Chance : 

– La crise du Covic-19 permet de distinguer les tendances robustes de la transition, qui n’ont pas été trop impactées, des tendances fragiles, qui ont été impactées voire inversées.

– La crise du Covid-19 révèle la fragilité des modèles économiques qui s’appuient sur les énergies fossiles, et donc la nécessité d’en sortir rapidement. 

– Les acteurs non-étatiques ont un rôle clé à jouer dans la transition, et il faut coordonner les actions entre les différents niveaux d’acteurs afin d’obtenir un tout cohérent, plutôt qu’une multitude d’actions isolées. 

– La crise révèle la très forte interdépendance entre les Objectifs du Développement Durable et les objectifs climatiques.

Pour conclure ce Débat #1, Teresa Ribera a souligné l’importance des acteurs non-étatiques dans la lutte contre les changements climatiques, et de faire régulièrement le bilan des actions réalisées pour voir “ce qui marche et ce qui ne marche pas”, comme le fait l’Observatoire Climate Chance.