La réduction des émissions de GES des villes européennes est encourageante. Après 10 ans de la Convention des maires pour le Climat et l’Énergie en Europe, une initiative volontaire lancée par la Commission Européenne en 2008, la consolidation des données de 1 800 villes et 90 millions d’habitants démontre une réduction de 25 % de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) entre 2005 et 2017, surpassant l’objectif 2020 des États européens de -20 %.

Toutefois, dans un contexte d’adoption massive d’objectifs de neutralité carbone, le suivi de l’impact des politiques climat locales demeure épars et peu consolidé, même au niveau national. Beaucoup de villes dans le monde calculent depuis peu leur inventaire d’émissions de GES, ou affinent leurs méthodes et leurs données. Par ailleurs, les données entre villes ou d’une année sur l’autre ne couvrent pas les mêmes périmètres et sont difficilement consolidables.

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La relative stabilité du nombre de villes engagées auprès de la Convention mondiale des maires (~10 500 en 2021) cache une progression rapide des adhésions et livrables des Conventions régionales des maires, initiées principalement par l’Union européenne et en coordination avec la Convention mondiale et les principaux réseaux de collectivités. Les villes signataires représentent aujourd’hui près de 14 % de la population mondiale, contre 11 % en 2019. La dynamique est particulièrement forte en Amérique latine et Caraïbes, où plus de 100 villes ont rejoint l’initiative depuis 2019 pour un total de plus de 519 signataires et 31 % de la population. À l’inverse, en Asie les villes signataires ne représentent que 8 % de la population du continent.

En Amérique latine l’adoption de plans d’action marquent également une progression nette avec plus de 50 plans d’atténuation et d’adaptation ont été publiés depuis 2019. En Asie du Sud-Est et en Afrique Subsaharienne, peu de villes au-delà de projets pilotes financés ont pu réaliser un plan d’atténuation/adaptation.

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De la planification à la réglementation, en passant par l’investissement direct et la commande publique, les instruments à disposition des villes et régions pour piloter leur transition sont de plus en plus variés et mobilisent tout l’éventail de leurs compétences. En toile de fond, la gestion de la pandémie a accéléré la réflexion sur la densification des services urbains (le concept de “ville du quart d’heure” prend de plus en plus d’ampleur) et leur gouvernance locale.

Le symbole de la réactivité des villes à la pandémie aura été le large déploiement et surtout la pérennisation partout dans le monde de pistes cyclables qui, de mesure de résilience sociale peu coûteuse, se révèlent être un véritable instrument d’atténuation des émissions du transport urbain à long-terme, dans un contexte où la fréquentation et les finances des transports publics ont beaucoup souffert.

En 2020, 617 villes à travers le monde s’étaient engagées à s’approvisionner à 100% en énergies renouvelables, la plupart en Europe et aux ÉtatsUnis et comprises entre 100 000 et 500 000 habitants. Fin 2019, 58 villes et régions, dont 44 en Europe, rapportaient s’approvisionner à 100 % en énergie renouvelable.

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Les analyses du premier cycle de contributions nationales des États (CDN) à l’Accord de Paris en 2015 montrent que peu de pays ont suffisamment associé les acteurs locaux et infranationaux dans la définition de leurs stratégies climat. Seuls 10 % des pays déclarent avoir intégré leurs objectifs climat nationaux dans les politiques climat locales et régionales et dans leurs budgets.

C’est en Amérique latine que la pleine intégration de leur potentiel et leurs besoins est la plus évidente (Pérou, Chili, Argentine, Cuba, Colombie, Mexique), pour certains déjà lors du 1er cycle. L’État péruvien a mis en place un « Groupe de Travail Multisectoriel » pour intégrer les contributions des différents ministères mais aussi des acteurs non étatiques dans la nouvelle contribution du Pérou en 2020, approuvée par la Présidence du Conseil des Ministres, treize ministères, mais aussi par l’Assemblée Nationale des Gouvernements Régionaux et l’Association des Municipalités du Pérou (AMPE).

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En Allemagne, au Canada et au Brésil, l’État fédéral légifère peu ou pas sur les obligations et les compétences climat des municipalités dont l’action dépend bien plus du niveau d’ambition et des politiques disparates des gouvernements intermédiaires, et des appels à projets ou des fonds spécifiques disponibles, et le plus souvent sectoriels. Peu d’entre elles sont donc tenues d’adopter et de suivre la mise en œuvre d’un plan climat.

Les gouvernements locaux sont plus volontiers associés lors des phases de formulation et en tant que vecteurs des politiques nationales et sectorielles. Peu d’expériences témoignent d’une prise en compte de leurs réalisations pour réévaluer et ajuster les politiques nationales, empêchée par des méthodes de suivi-évaluation faiblement harmonisées et une information peu centralisée.

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Plusieurs signaux témoignent d’une localisation accrue des ODD à la faveur du rôle clé des collectivités pour assurer l’accès aux services essentiels pendant les mesures de confinement et comme interlocuteur privilégié des citoyens et des acteurs économiques territoriaux.

En Europe, sur les 34 réseaux de collectivités issus de 28 pays européens interrogés, 82 % connaissent les ODD et y font régulièrement référence dans leurs activités, alors qu’ils n’étaient que 31 % l’année précédente. D’autre part, les gouvernements locaux sont désormais associés à plus de la moitié (55 %) des Revues Nationales Volontaires présentées en 2020 par les États pour témoigner des progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’Agenda 2030 (contre 40 % en 2019).

Pour le climat, cette intégration des ODD au plus près des territoires permet de renforcer l’alignement des politiques de transition bas-carbone avec les attentes de la population en matière de justice sociale. Ainsi à Bristol le plan climat est intégré à la stratégie de développement socio-économique de la ville, tandis que Strasbourg analyse la contribution de ses politiques climatiques à l’aune de chacun des 17 ODD. Bogotá, l’une des villes pionnières dans le déploiement de « coronapistes », s’est engagée à réduire les inégalités de genre dans la pratique urbaine du vélo.

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Une récente analyse des politiques climatiques adoptées par 429 villes dans le cadre de la Convention des maires pour le Climat et l’Énergie en Europe montre qu’à ce jour, 70 % d’entre elles ont présenté des mesures d’adaptation. Si la quasi-totalité de ces villes produisent des analyses des risques climatiques auxquels elles font face, seule la moitié formule des objectifs d’adaptation et moins de 70 % d’entre elles dédient des financements à l’adaptation. L’intégration des compétences locales dans les plans nationaux d’adaptation progresse, mais l’accès aux financements et les technologies encore peu matures et coûteuses demeurent les principaux obstacles relevés par les villes.

En permettant de dépasser les frontières administratives locales, les régions se révèlent être l’échelle préférentielle pour planifier l’adaptation au changement climatique à des échelles écosystémiques. Parmi les 28 régions membres de l’initiative RegionsAdapt ayant rapporté sur leurs pratiques d’adaptation, 90 % des régions disent avoir subi un impact socio-économique dû aux changements climatiques, lié à la santé publique ou à l’augmentation des coûts économiques des catastrophes. 80 % ont déjà élaboré ou sont en train d’élaborer des évaluations de la vulnérabilité aux risques, et 70 % ont déjà mis en place un plan d’adaptation.

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