Trois voies ont été ouvertes ces dernières années pour renforcer la robustesse des données d’émissions des villes et des régions :

  • Le suivi “en temps réel” des émissions par une utilisation plus fine des données d’activité disponibles dans tous les secteurs rapproche l’exercice d’inventaire du temps de l’élaboration des politiques.
  • La spatialisation des émissions grâce à la mesure atmosphérique par des capteurs satellites et terrestres facilite l’identification géographique des sources de gaz à effet de serre à une échelle précise, tout en réduisant le décalage temporel entre l’information et la prise de décision. En révélant les divergences avec les inventaires statistiques, la mesure atmosphérique permet également d’identifier les domaines dans lesquels la collecte de données peut être améliorée.
  • L’harmonisation des méthodologies et des plateformes de déclaration des émissions au cours des dernières années s’inscrit dans un mouvement d’orientation des acteurs vers des pratiques homogénéisées, en vue de permettre les comparaisons, de faciliter l’agrégation et d’améliorer la transparence.

La prolifération des réseaux de gouvernements régionaux et locaux et des initiatives de coopération sur l’action climat a été poussée par la nécessité de combler les lacunes de la coopération intergouvernementale existante. Elle est également le résultat de l’importance croissante des acteurs locaux dans l’agenda mondial. Cette reconfiguration de l’écosystème présente à la fois des défis et des opportunités – des défis en termes de diffusion des efforts et de manque de coordination, et des opportunités, évidemment, en termes d’espaces accrus pour favoriser des alliances avec divers acteurs.

Depuis les années 1980, l’expansion de ces réseaux nationaux, régionaux et internationaux et des initiatives de coopération a conduit à la mise en place d’une “gouvernance transnationale du changement climatique” étendue. En conséquence, une “vague de partenariats transnationaux” a émergé, visant à aborder divers aspects de la politique climatique, depuis la collecte d’informations, le partage des meilleures pratiques et expériences, le renforcement des capacités et la mise en œuvre de politiques, jusqu’à l’établissement de règles et de normes communes.

À travers l’exemple de la Convention mondiale des maires pour le climat et l’énergie (GCoM), la plus grande initiative qui implique la plupart des réseaux à différents niveaux, et de sa gouvernance, l’Observatoire tente de donner une idée de la manière dont la collaboration des acteurs locaux se structure dans une forme mondiale.

Comme chaque année, l’Observatoire offre un aperçu de l’avancement des initiatives menées par les gouvernements locaux et régionaux à travers leurs réseaux. Grâce à un processus participatif avec des organisations internationales et d’envergure européenne, 14 “Focus” ont été écrits sur les principaux réseaux et initiatives axés sur le climat.

À partir de ces Focus, trois catégories de projets à travers lesquels les réseaux et les initiatives de coopération soutiennent les gouvernements locaux et régionaux dans leur action en faveur du climat peuvent être dressées :

  • Le renforcement des capacités : Des programmes tels que le Twining Programme et les Expert Missions (CoM-Europe), Decarb City Pipes 2050 (Energy Cities) ou ENERGee Watch (Fedarene), Energy Caravan (Climate Alliance) ou des événements tels que Daring Cities (ICLEI) ou la conférence internationale Climate Alliance permettent des échanges entre pairs, la présentation d’actions et de résultats remarquables, ainsi que des formations pour les collectivités territoriales.
  • Accès au financement : Des fonds et des mécanismes comme le C40 City Finance Facility, le European City Facility (Energy Cities), le Transformative Action Programme (ICLEI), le Gap Fund (GCoM) ou le Future Fund (Under2Coalition) aident les gouvernements régionaux et locaux à financer leur action climatique.
  • Élaboration et mise en œuvre de plans climatiques : Les programmes aidant les collectivités territoriales à élaborer des plans d’atténuation et/ou d’adaptation et à les mettre en œuvre sont au cœur de plusieurs organisations telles que Clima-Med, CoM-SSA, RegionsAdapt, Energy Cities (Tomorrow), ICLEI (Urban LEDS II), Climate Alliance (Climate Compass)…

Plus largement, ces organisations offrent aux collectivités territoriales une voix : elles les représentent au niveau international (plaidoyer de CGLU au niveau de l’ONU, programme #RegionsVoice de Regions4…), mettent en valeur leur action climatique et organisent la déclaration de leurs émissions par le biais de la plateforme du CDP.

Historiquement, les régions européennes ont été davantage associées à l’adaptation au changement climatique qu’à son atténuation. Mais le vent tourne, notamment grâce au lancement du Green Deal européen fin 2019, qui donne un rôle central aux régions dans l’adaptation et l’atténuation et au démarrage d’un nouveau cadre financier pluriannuel (CFP) en 2021.

Ce panorama global masque cependant des disparités fortes, et ce sur au moins deux niveaux : géographique et économique.

Tout d’abord, pour des raisons historiques principalement, l’échelon régional revêt une importance particulière dans les pays de l’ouest de l’Europe contrairement à leurs voisins de l’est. En France, Espagne, Allemagne, Italie, Autriche, Belgique et aux Pays-Bas, les régions sont des acteurs majeurs, parfois autonomes (en particulier en Espagne ou dans les pays fédéraux), et se retrouvent parfois en situation de concurrence avec l’échelon national. A l’est à l’inverse, quand elles existent, les régions ont pour la plupart été créées au moment de l’intégration dans l’UE. Cette ligne est-ouest trace ainsi de fortes disparités en termes de compétences et de moyens, qui se retrouvent très concrètement dans la gestion des fonds européens – majoritairement nationale à l’est et régionale à l’ouest, mais aussi en termes d’action climat, davantage proactive, visible et suivie dans les régions situées à l’ouest de l’Europe.

Ensuite, les situations économiques des régions européennes en font des territoires très inégalement préparées et armées pour la transition. Il n’est en effet pas aussi facile de construire une économie bas carbone dans une région riche, urbaine et tertiarisée que dans une région charbonnière, où l’économie parfois à bout de souffle s’articule autour des énergies fossiles. Le mécanisme européen de transition juste tente d’adresser ce défi, en aidant les régions les plus vulnérables, à l’image de la Silésie en Pologne.